L'Objet d'Art n° 2 SP du 01/01/2000
Numéro Hors Série  
François-Xavier Fabre
Fabre, peintre et collectionneur
 
Principaux articles référencés pour ce numéro
 
Un parcours romanesque Laure Pellicer Pages 6-21

“On ne peut pas être une heure à Montpellier sans qu’on vous parle du musée Fabre, situé sur l’Esplanade”, écrivait Stendhal en septembre 1837, douze ans après la donation qui avait doté la ville d’un musée et d’une bibliothèque et valu à leur fondateur, le peintre François-Xavier Fabre, une notoriété nationale et le titre de baron.

 
La comtesse et le poète Laure Pellicer Pages 22-23

Fabre peignit plusieurs fois ses amis, dont il donna des images aussi réalistes que sensibles. Les deux grands pendants de 1793 restèrent chez Mme d’Albany jusqu’à sa mort puis, conformément à sa volonté, furent offerts par Fabre en 1824 à la Galerie des Offices. Portant chacun au dos un sonnet autographe d’Alfieri, ils nous présentent le couple tel qu’il souhaitait apparaître à la postérité, elle digne, sérieuse et un peu effacée, lui tendu et inspiré, drapé dans la cape du poète tragique et se réclamant de Dante, dont il porte au doigt l'éffigie.

 
Sublime miroir qui dit la vérité… Laure Pellicer Pages 24-37

L’œuvre de François-Xavier Fabre n’a longtemps survécu que par ses portraits. Il n’est pas abusif de dire que c’est au Canova de Montpellier et aux deux pendants des Offices, Alfieri et Mme d’Albany, que le peintre dut de ne pas être oublié en tant que tel. Et encore, la personnalité des modèles y fut-elle pour beaucoup. De même que la correspondance de la comtesse et celle de l’artiste ne furent étudiées, autour de 1900, que pour leur intérêt documentaire, de même ses portraits ne furent-ils souvent considérés que comme des matériaux utiles à l’histoire d’une société et d’un temps.

 
Fabre et le pouvoir Laure Pellicer Pages 38-39

Exilé volontaire à Florence, royaliste convaincu, élément essentiel d’un salon hostile aux régimes issus de la Révolution française, ennemi de surcroît de tout sujet moderne, Fabre ne peindra jamais les grands événements de son temps. Mais, malgré cette position marginale, son œuvre compte plusieurs portraits officiels ou semi-officiels, témoins de l’importance qu’il eut très vite dans sa patrie d’adoption. On sait qu’il peignit, avant 1799, Federico Manfredini, précepteur des enfants du Grand Duc Ferdinand III, mais l’œuvre n’a pas à ce jour reparu.

 
Des beautés antiques d’un ordre supérieur Laure Pellicer Pages 40-51

“Les ouvrages de Monsieur Fabre sont de la plus grande rareté”, précisait en 1828 le catalogue d’une vente parisienne où figurait une de ses esquisses. Du vivant du peintre, ses œuvres, exécutées sur commande et emportées par ses clients dans leur pays d’origine, n’avaient guère de raisons de se trouver couramment sur le marché français ! Mais c’est encore vrai de nos jours. La production picturale de Fabre, du fait des multiples occupations et des problèmes de santé qui freinèrent son activité, ainsi que d’une exécution lente et minutieuse, n’est pas très abondante : quatre cents toiles tout au plus, en comptant les études et esquisses et les répliques, souvent nombreuses, de plusieurs portraits. Et c’est surtout vrai de la grande peinture d’histoire, à laquelle il se destinait.

 
Fabre et le paysage Michel Hilaire Pages 52-71

Nous voudrions dans ces quelques lignes évoquer le cas de Fabre paysagiste. Bien sûr, il faut le répéter, Fabre, Lauréat du Grand Prix en 1787, brillant espoir de la peinture française dans les années suivantes, s’est toujours considéré comme un peintre d’histoire à part entière dans la grande tradition héritée de la Renaissance italienne et de Poussin. Comme nous le verrons, les hasards de la carrière et les goûts personnels de Fabre modifieront ces données premières. Même si le paysage finira par occuper une part non négligeable de l’activité du peintre montpelliérain, on ne peut pas le considérer comme un paysagiste indépendant à l’instar d’autres de ses contemporains – Valenciennes, Bidault, Bertin, Demarne, etc. – qui poursuivent sous l’Empire une brillante carrière. Cette pratique du paysage chez Fabre est étroitement liée à son goût de collectionneur : son attachement au paysage classique, à l’idéal italien se reflète largement dans sa collection où se croisent les noms de Poussin, Dughet, Dominiquin, Swanevelt, Wijck, Berchem, Moucheron, van Bloemen, Locatelli…

 
Le peintre religieux Michel Hilaire Pages 72-77

Lauréat du Grand Prix de peinture, héritier de la grande tradition académique française (qui remontait à Poussin et Le Sueur) Fabre s’intéressa à tous les genres de la peinture en privilégiant tantôt l’histoire, tantôt le portrait ou encore le paysage selon les circonstances de sa vie et de sa carrière. Touchant la peinture religieuse à l’instar de la plupart de ses contemporains marqués par l’esthétique néoclassique, il se montre relativement réservé, ce qui n’exclut pas d’indéniables réussites qui mériteraient d’être mieux prises en compte quand on dresse le panorama de la peinture religieuse du temps.

 
Fabre collectionneur et donnateur Michel Hilaire Pages 78-95

L’histoire du musée de Montpellier présente de nombreux points de comparaison avec l’histoire d’autres grands musées français par la constitution d’un embryon de collection durant les dernières décennies de l’Ancien Régime souvent liée à l’existence ou l’instauration d’une Académie de peinture visant à la formation des artistes, les saisies révolutionnaires puis les envois de l’Etat sous l’Empire. Chaque ville peut s’enorgueillir du nom d’un amateur, d’une grande famille ou encore d’un artiste dont les collections ont été préservées par-delà les vicissitudes du temps dans le musée municipal : la collection de Robien à Rennes, à Angers celle de Livois, à Valenciennes celles de la famille de Croy, à Lille celle de Wicar, à Avignon celle du docteur Esprit Calvet…

 
L’homme et ses portraits Laure Pellicer Pages 96-97

«Chez lui, le fond était solide, si la forme manquait d’attrait», écrit E.J. Delécluze en 1855. S’il concerne surtout le caractère de Fabre, «d’une extrême gravité», le mot peut appliquer aussi à son apparence physique. Le peintre n’était guère attiré par sa propre image et ne se représenta que deux fois, au tout début de sa carrière et à la toute fin de sa vie ; nous évoquons ailleurs ces Autoportraits (Musée Fabre). Mais sa collection comporte quelques autres images de lui qui, à des âges différents, font apparaître le même nez trop long, qui lui faisait un profil de «tapir», pour reprendre le mot de Mario Praz, le même front fuyant, la même bouche au pli sévère, le même regard scrutateur et dur. Le jeune peintre élégant et sérieux, plein d’avenir, apparaît dans le médaillon de marbre blanc que son ami Barthélémy Corneille exécuta à Rome en 1790.

 
François-Xavier Fabre Les compagnons du tour de France

 
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L'Objet d'Art n° 2 SP est un magazine des Editions FATON.