N° 341 - Novembre 1999 - 8,00 €
ISSN : 0998-8041
Il ne semble pas que la faïence de Rouen, si célèbre et tellement vantée, ait encore beaucoup de surprises à offrir à ses amateurs. Pourtant, à y regarder de près, on s'aperçoit que ce sont souvent les mêmes aspects de sa production qui sont considérés. Décors géométriques, rayonnants, chinois et floraux, en camaïeu, en rouge et bleu ou polychromes, on connaît et admire à juste titre les prouesses d'un savoir-faire servant le goût parfait des faïenciers du début du XVIIIe siècle. Paradoxalement, deux aspects majeurs de cette production ont peu suscité la curiosité des amateurs et l'intérêt des chercheurs : les décors historiés et, dans une moindre mesure, la sculpture de faïence. Leur grande rareté, qui ne nous les fait presque jamais rencontrer dans le commerce de l'art, a certainement contribué à ce manque d'intérêt. Mais c'est surtout un préjugé des amateurs du XIXe siècle, selon lequel les Rouennais auraient été de piètres peintres de figures, dont ils eurent à pâtir. André Pottier (1799-1867) lui-même, qui rassembla la plus belle collection dont on puisse rêver, à l'origine du musée de la Céramique, et qui recueillit tant de connaissances sur le sujet dans son irremplaçable Histoire de la faïence de Rouen (1), ne considérait guère la production historiée et contribua à bien ancrer cette idée reçue. La réunion d'une centaine de pièces qui sont de la plus haute qualité pour l'exposition Peintures et sculptures de faïence, Rouen XVIIIe siècle, oblige à la reconsidérer.
Auteur : Grandjean Gilles
Magazine : L'Objet d'Art n° 341 Page : 22-33
Retour en haut